Káí Kicabli est un espace d'archive numérique retraçant les interconnexions familiales, culturelles et linguistiques du peuple Vútè du Cameroun et sa diaspora. Cette initiative est mise en place dans un but de recherche, d'archive et d'éducation conçu par et pour le peuple vútè aussi connu sous le nom de wute ou Babouté.
Cet espace est ouvert à toute personne, association, organisme qui souhaite collaborer afin d’en faire une véritable « bibliothèque numérique ».
Pour écrire, modifier et participer à la construction de cet espace il vous suffit de créer un compte ou nous contacter au mail vitib@proton.me. Nous privilégions des collaborations et des participations de personnes vútès, mais sommes ouvert·es à toutes personnes détentrices d'un savoir allant dans le sens de cette recherche.
Le projet Káí Kicabli, géré par l’association ii-média est une initiative culturelle camerounaise. L’objectif de ce regroupement est d’archiver numériquement des savoirs culturels, linguistiques et historiques liés à l’histoire « vuté » du Cameroun, d’Afrique et sa diaposra. Motivée par des valeurs décoloniales, cette initiative tente de s’autonomiser à travers la création de ce wiki. Cet exemple pourra s’étendre à d’autres ethnies camerounaises et ses diasporas.
Káí Kicabli est un projet porté par le groupe “íígraph. La première mission a été réalisé par l'équipe Túúŋ Taàm :
Ce projet se poursuit par les efforts des Membres du groupe ii-graph
Webdesign et coding : Mbaah Laurent Simba
Nombre de pages : 342
Modifié le 30 December 2025 - 00:53
Les Voûté habitent dans des cases rondes comme il est de coutume chez les peuples soudanais.
La localité de Ndoumba compte environ 200 cases d’habitation de ce genre. Les Voûté ont choisi, surtout pour leurs grandes agglomérations, un site particulièrement favorable aussi bien sous l’angle stratégique qu’économique ; certaines se situent ainsi sur des hauteurs protégées et d’autres près des cours d’eau (embouchures de fleuves), par exemple Woanang, Moschi.
La forme de l’agglomération Voûté est celle d’un village-tas. Je n’ai pas vu de village Voûté construit suivant des normes précises.
Les maisons sont placées en tous sens, sans aucun plan. Le plus souvent, les cases ne sont pas clôturées, à l’exception des concessions de chefs, généralement bâties sur une place élevée, quelque peu à l’écart des « cases des sujets » et pourvues d’une clôture en lattes. Certains chefs de quelque importance ont, ces derniers temps, - s’écartant en cela de la vieille coutume de la tribu - construit des maisons d’habitation selon le modèle européen. Sinon, la forme des cases est tout à fait la même. Ce qui caractérise les cases Voûté - au contraire de ce lles d es autres peuples soudanais - c’est une couronne en pennisetum placée à 1 - 2 m en dessous du faîte. Les femmes du chef habitent dans des cases particulières qui leur sont réservées, cependant celles-ci ne se distinguent pas des autres. Seules les forges sont des cases ouvertes (sans murs), cependant, même celles-ci présentent par ailleurs la même structure que les autres.
Des bâtisses particulières pour provisions (cases devant abriter les provisions des récoltes) ne se trouvent que dans la concession du chef et de quelques nobles. Les autres propriétaires ont tout simplement derrière leur case d’habitation un cagibi ou un simple abri où ils conservent leur maïs.
La nuit, les poulets sont logés dans un treillis particulier à l’intérieur de la case d’habitation. Toutes les chèvres du village sont regroupées la nuit dans une “maison de chèvres” commune, une petite case bâtie sur des piquets.
Les plantations se trouvent souvent directement derrière la case du propriétaire. Ces derniers temps, on a pris l’habitude d’aller créer la ferme plus loin du village, à un endroit favorable situé à l’écart des voies. Tout le matériau nécessaire pour la construction est fourni par le pays-même, le plus souvent déjà par les environs immédiats. Une fois choisi ou déterminé, l’emplacement est nettoyé et nivelé. Au centre de l’emplacement, on plante un bâton au pied duquel on fixe une ficelle qui sert de rayon. Avec cette ficelle, le bâtisseur de la case trace ensuite un cercle, et le trace de la case est prêt. On y plante sur le périmètre circulaire 5 à 6 gros poteaux à intervalles réguliers. Ce sont les piliers. Ensuite, dans les intervalles, on place des poteaux moins robustes, l’un, chaque fois, à environ 30 cm de l’autre. Ceux-ci sont reliés, de l’intérieur et de l’extérieur, par des nervures de palmier. Le tout est comblé avec de grosses tiges de pennisetum. Une fois la construction parvenue à ce point, alors vient le tour de la toiture. On plante au milieu du cercle un tronc d’arbre haut de 6 à 8 m et pourvu d’entailles opérées à environ 0,5 m au dessus de la pointe.
On y fixe les nervures de palmier qui servent de chevrons et reposent par l’un des bouts sur le mur circulaire tout en le débordant encore d’environ 60 cm. Ces nervures elles-mêmes sont une fois de plus reliées horizontalement avec des nervures taillées en deux si bien qu’il en résulte une aire carrée. Les côtés de ces carrés mesurent environ 10 cm. La charpente ainsi achevée, il s’agit maintenant de couvrir la toiture. Généralement, on n’utilise cependant pas à cet effet le long pennisetum, mais une sorte de chiendent ou de plante de marais. Pour une case de dimensions moyennes, il faut environ 50 grosses bottes d’herbes. L’herbe est fixée aux nervures de palmiers avec du rotin.
Jusque-là la construction de la case était le travail des hommes. Leur tâche consiste essentiellement à remplir de torchis les soubassements, c’est-à-dire on crépit les parois intérieures et extérieures du mur circulaire de façon homogène avec de la glaise jusqu’à ce que l’intervalle soit totalement comblé. A cet effet, certaines femmes creusent à la houe un bout de terre tout près de la case tandis que d’autres viennent y verser de l’eau et que d’autres encore « pétrissent » la masse avec les pieds. Le résultat en est un véritable bal masqué de femmes. Déjà peu de temps après, le corps noir des femmes voûté s’est couvert d’une épaisse couche de terre glaise et de sable et les voilà bientôt devenues aussi jaunes que les léopards. Au pied du mur circulaire, on place encore un socle en terre haut d’environ 50 cm. Même le lissage des murs est l’affaire des femmes. A cet effet, elles prennent une nervure de palmier taillée d’une manière particulière et large vers l’avant, la trempent dans l’eau, frappent et balayent le mur avec jusqu’à ce qu’il soit bien uni. Le sol de la case est travaillé d’une manière similaire. On le rend d’abord meuble avant de le frapper vigoureusement avec des nervures de palmier tout en l’arrosant abondamment avec l’eau. Ce travail ressemble au battage chez nous et, au Cameroun aussi, il ne coule pas moins de sueur. Parfois le lissage du sol se fait avec les pieds. Ceci fait, la case est déjà prête à être occupée. Après 14 jours, ou aussi, selon le temps qu’il fait, après plus de temps, quand la terre a bien séché, on badigeonne encore le mur circulaire à la chaux. Les Voûté utilisent à cet effet une terre argileuse blanche que l’on trouve à certains endroits dans les rivières des forêts. En général, la construction d’une case ne prend pas en elle-même plus de 5-6 jours.
Les clans liés d’amitié entre eux s’entraident ici mutuellement. Une telle case tient en moyenne 2-3 ans avant d’être ensuite dévorée par les termites. L’« Indigène » ne peut pas à la longue parer à l’action dévastatrice des termites. 11 assiste à la ruine comme à une fatalité inéluctable.
Dans tout le pays Voûté, je n’ai pas trouvé de cases pour société secrètes, de cases des esprits, de maisons pour jeunes garçons et filles célibataires. Par contre, il y a, cachées « en brousse », des cases particulières pour des malades qui y suivent une cure déterminée prescrite par le féticheur, donc une sorte de « sanatorium ». En règle générale, les malades y restent 7 jours.
C’est un rôle important que joue dans chaque village la « case à palabre » dans laquelle on débat de toutes les affaires du village et des individus. Elle se trouve soit sur la place du village ou à l’intérieur de la concession du chef.
Maintenant les villages sont, sans exception, ouverts et sans fortification. Jadis, par contre, tous les lieux assez importants étaient entourés de fossés de remparts et, en partie pourvus même de palissades. La vieille cité de Ndoumba laisse encore apparaître clairement deux de ces fossés de remparts, l’un à l’extérieur, l’autre à l’intérieur. La profondeur de ceux-ci était de 3-4 m. Ils ont été construits en premier lieu comme obstacles contre la cavalerie des Foulbé.
[6] En contact prolongé avec les populations du Sud du Cameroun de langues bantoues, les Voûté ont progressivement abandonné, au fil des années, leur habitat traditionnel de cases rondes au toit conique au profit de maisons rectangulaires.
Sources : Les Voûté (Babouté)Vie, culture et univers religieux d'un peuple africain, D’après J. Sieber
Traduit de l'allemand par Philippe Biaise Essomba et Polycarpe Belibi Odzolo
Commentaires de Philippe Biaise Essomba et Célestin Ngoura.
Die Wute : Lebenshaltung, Kultur und religiöse Weltanschauung eines afrikanischen Volksstammes, von J. Sieber