Káí Kicabli est un espace d'archive numérique retraçant les interconnexions familiales, culturelles et linguistiques du peuple Vútè du Cameroun et sa diaspora. Cette initiative est mise en place dans un but de recherche, d'archive et d'éducation conçu par et pour le peuple vútè aussi connu sous le nom de wute ou Babouté.
Cet espace est ouvert à toute personne, association, organisme qui souhaite collaborer afin d’en faire une véritable « bibliothèque numérique ».
Pour écrire, modifier et participer à la construction de cet espace il vous suffit de créer un compte ou nous contacter au mail vitib@proton.me. Nous privilégions des collaborations et des participations de personnes vútès, mais sommes ouvert·es à toutes personnes détentrices d'un savoir allant dans le sens de cette recherche.
Le projet Káí Kicabli, géré par l’association ii-média est une initiative culturelle camerounaise. L’objectif de ce regroupement est d’archiver numériquement des savoirs culturels, linguistiques et historiques liés à l’histoire « vuté » du Cameroun, d’Afrique et sa diaposra. Motivée par des valeurs décoloniales, cette initiative tente de s’autonomiser à travers la création de ce wiki. Cet exemple pourra s’étendre à d’autres ethnies camerounaises et ses diasporas.
Káí Kicabli est un projet porté par le groupe “íígraph. La première mission a été réalisé par l'équipe Túúŋ Taàm :
Ce projet se poursuit par les efforts des Membres du groupe ii-graph
Webdesign et coding : Mbaah Laurent Simba
Nombre de pages : 342
Yandong Biba
Tigar Lounguene Gaston
Modifié le 31 January 2026 - 19:01
Jean-Baptiste Mvedji Tigar, connu sous le nom de Mvedji Tigar, est un homme profondément attaché à ses racines et à la préservation de la culture Vútè. Né de Tigar Lounguene Gaston et de Yandong Biba, il est originaire de Tikin (Metep), dans la région du Mbam, au Cameroun.
Par sa lignée maternelle, il est également lié au village de Wassa, et appartient au clan des Ndim. Bien qu’il porte des prénoms issus de la période coloniale, il préfère qu’on l’appelle simplement par son nom traditionnel, symbole de son identité retrouvée.
Sur le plan professionnel, Jean-Baptiste Mvedji Tigar est officier de police à la Direction Générale de la Sûreté Nationale (DGSN) et exerce actuellement au commissariat central n°1 de Yaoundé. Ce parcours dans la fonction publique n’a jamais entamé sa passion pour la culture, bien au contraire — il s’en nourrit pour nourrir son engagement au service de son peuple.
Le nom Mvedji, parfois écrit "Mvedjui", signifie « l’autre chef », « le chef différent », ou encore « la chefferie selon Djui ». Quant à Tigar, patronyme hérité de son père, il renvoie à une maxime ancestrale : « ne pas s’accaparer du pays des autres », rappel des valeurs de justice et de respect des territoires héritées des anciennes conquêtes.
Passionné de culture et d’ancestrologie — la science de la construction des arbres généalogiques — Mvedji Tigar s’est très tôt tourné vers la redécouverte de ses origines. N’étant pas né ni grandi au village, il reconnaît avoir longtemps eu des lacunes culturelles. Cette quête identitaire s’est affirmée lorsqu’il dut interrompre ses études pour veiller sur son père malade. Cette période fut pour lui une véritable initiation à la tradition et à l’histoire du peuple Vútè.
Son séjour à Guéré, sur invitation de son cousin Lamba (père de l’actuel chef du village), a marqué un tournant. Là, il découvrit non seulement les origines guéréennes de son peuple, mais aussi les récits migratoires, les lieux historiques et la force des traditions orales. Ce village fut également le lieu d’une rencontre symbolique : celle de l’âme sœur, qui renforça encore son lien avec cette terre.
Après le décès de son père, Mvedji Tigar intégra la police, emportant dans son cœur la mémoire de ses racines. Ses voyages initiatiques — notamment avec Sa Majesté Issa Beyem à Ndokoa et Sa Majesté Yangou de Yangba — furent décisifs. Ces rencontres lui ouvrirent les portes de la transmission orale et musicale, notamment l’apprentissage du tambour traditionnel destiné à la jeunesse.
Son intérêt pour la santé traditionnelle l’amena à une rencontre féconde avec le musicien Arathy. Autour d’un échange sur les pratiques de bien-être, la discussion glissa vers la musique ancestrale. Arathy, émerveillé par la sanza que lui remit Mvedji, exprima sa crainte de voir disparaître ces instruments. Ce moment donna naissance à une idée commune : préserver les savoirs traditionnels et les arts musicaux du peuple Vútè.
C’est ainsi, avec l’aide d’autres passionnés tels que Billy Ngomane, Wagni Michel de Linté, Prévost, Sa Majesté Mendjana et plusieurs dignitaires, qu’est née l’ASPACVA (Association pour la Sauvegarde du Patrimoine Culturel Vuté et Assimilés). Initialement appelée ASPCV, elle se transforma en une véritable plateforme de transmission, réunissant artistes, chercheurs et gardiens de la mémoire collective.
Au-delà de son engagement culturel, Mvedji Tigar incarne une philosophie de vie fondée sur la vérité et la conscience tranquille. Il aime citer un dicton Vútè :
« Ndjoy mi tang wah, nyin ni nyèèh »
— qui se traduit par : « N’ayant rien mangé d’acide, mes dents ne peuvent pas se geler ».
Autrement dit, celui qui ne se reproche rien jouit d’un esprit en paix.
Pour lui, la langue Vútè, riche en proverbes et en sagesses, demeure un trésor encore largement inexploré. Son vœu le plus cher est que la jeunesse s’approprie à nouveau cette culture, afin que les valeurs ancestrales continuent de vivre à travers les générations.