Káí Kicabli est un espace d'archive numérique retraçant les interconnexions familiales, culturelles et linguistiques du peuple Vútè du Cameroun et sa diaspora. Cette initiative est mise en place dans un but de recherche, d'archive et d'éducation conçu par et pour le peuple vútè aussi connu sous le nom de wute ou Babouté.
Cet espace est ouvert à toute personne, association, organisme qui souhaite collaborer afin d’en faire une véritable « bibliothèque numérique ».


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Le projet Káí Kicabli, géré par l’association ii-média est une initiative culturelle camerounaise. L’objectif de ce regroupement est d’archiver numériquement des savoirs culturels, linguistiques et historiques liés à l’histoire « vuté » du Cameroun, d’Afrique et sa diaposra. Motivée par des valeurs décoloniales, cette initiative tente de s’autonomiser à travers la création de ce wiki. Cet exemple pourra s’étendre à d’autres ethnies camerounaises et ses diasporas.


Káí Kicabli est un projet porté par le groupe “íígraph. La première mission a été réalisé par l'équipe Túúŋ Taàm :


  • Yakoura Valentin, Linguiste
  • Tanga Louk Benjamin, Enseignant, Chercheur en Télécommunications
  • Ngouté Ndjiki, Anthropologue
  • Hervé Mbakong, Agent de liaison
  • Georges Mbaah, Graphiste, Maquettiste-Infographiste, UX designer, vidéaste
  • Mbaah Laurent Simba, Graphiste, curateur, directeur artistique et artiste
  • SM Félix Melem, Chef du village Sengbé ( Yoko, Cameroun )


Ce projet se poursuit par les efforts des Membres du groupe ii-graph


  • Tanga Louk Benjamin, Enseignant, Chercheur en Télécommunications ( ii-graph )
  • Georges Mbaah, Graphiste, Maquettiste-Infographiste, UX designer, vidéaste ( ii-graph )
  • Mana Sadou Joiquime dit Kim Sadou : Artiste, chercheuse et Ambassadrice du projet ( ii-graph )
  • SM Félix Melem, Chef du village Sengbé ( Yoko, Cameroun )
  • Mbaah Laurent Simba, Graphiste, curateur, directeur artistique et artiste ( Partenaire )


Webdesign et coding : Mbaah Laurent Simba

Index

Nombre de pages : 342


Vutè du lamidat de Banyo

  • Histoire

Modifié le 06 December 2025 - 20:57

Avant l’arrivée des Foulbé dans la région de Banyo au cours de la première moitié du XIXe siècle, ce pays était occupé par diverses ethnies soudanaises selon une répartition géographique qui semble être dans son ensemble comparable à celle que nous connaissons encore au­jourd’hui :

  • les Voûté et les Wawa, étroitement apparentés, occupant approximativement la moitié nord de l’actuel lamidat de Banyo ;
  • les Koutin peuplant la plaine de Kontcha ;
  • les Samba ou Bali, occupant la région comprise entre les Koutin et les Voûté ;
  • les Kondja, au sud de Mayo Darlé ;
  • les Mambila, sur le rebord sud-est de la falaise ;
  • les Tikar, enfin, dans la plaine qui conserve leur nom.


    Ces trois dernières populations ( Kondja, Mambila et Tikar ) appar­tiennent au groupe dit semi-bantou ou semi-soudanais, caractérisé sur le plan linguistique mais aussi par une croyance au caractère sacré attribué au chef et à ses ancêtres, par le culte des crânes des chefs défunts, par l’importance sociale de la mère du chef et de certaines femmes de la famille du chef. Quant aux trois premiers groupes de populations men­tionnées ( Koutin, Voûté, Wawa, Samba-Bali ) ils appartiennent à la civilisation des Soudanais, chasseurs, cultivateurs de mil et de maïs et dont les structures sociales étaient similaires à celles des autres popu­lations de l’Adamaoua. Ils étaient groupés dans une série de villages
    d’agriculteurs, indépendants les mis des autres, pratiquant une religion animiste comportant la notion d’un Dieu Mè, supérieur à tous les éléments, qui réglait la pluie, la fertilité du sol et les rites funéraires.
    Voûté, Wawa et Kondja paraissent avoir formé un groupe assez homogène et résistant pour avoir empêché les Tikar provenant de la région Tibati-Ngaoundéré de s’établir chez eux, les obligeant à poursuivre leur migration vers le sud. Cependant à leur limite ouest, les Kondja reculaient lentement devant la poussée des Mambila. Ils repoussèrent à leur tour vers le sud de la plaine les Tikar qui venaient de s’installer au pied de la falaise. Mais la prise du pouvoir par les pasteurs Foulbé allait bouleverser ces communautés agricoles.


    Cependant les plus anciens habitants connus de la région de Banyo ont été les Voûté qu’on appelle ici « Bouté ». Ils se sont répandus dans le pays, rapporte la tradition, à une époque très reculée, antérieure à la grande migration des Tikar vers la vallée du Mbam. 
Y eut-il, avant eux, des au­tochtones ou, plus simplement, des premiers occupants du terrain ? Il n’en subsiste en tout cas aucune trace et il n’en est fait mention dans aucune tradition locale connue jusqu’à présent. Les Voûté constituaient cependant sans conteste la majorité de la population, ils avaient formé plusieurs agglomérations et chefferies importantes, commandées par six clans répartis eux-mêmes en une infinité de familles. Il semble aussi établi que les Voûté étaient parvenus à étendre leur hégémonie sur une bonne partie des autres populations qui leur étaient soit tributaires soit acquises par alliance. En effet, dans leur conquête de cette partie du Cameroun les Peuls se heurteront principalement aux Voûté et ce n’est qu’après les avoir réduits, par les armes ou par des alliances, qu’ils se rendront maître du pays.


    
Voici une physionomie générale de la répartition des clans et des chefferies Voûté telle qu’elle nous a été relatée. Les cinq clans Voûté se dénommaient : les Mamnyang ou Mbamnyang, les Mba, les Néné, les Ngwani et les Djoumba. Ils étaient apparentés aux Wawa par la langue.
    Occupant la moitié nord de l’actuel lamidat de Banyo, ils avaient formé les chefferies suivantes :
  1. Les Vouté Mamnyang ou Mbamnyang paraissent avoir été les plus importants de tous les clans Vouté de cette région. Ils habitaient le cours moyen du mayo Banyo, à 20 km au nord de l’actuel centre de Banyo. Transformé par les Foulbé après leur conquête, Mbamnyang devient Mbamnyo que les Européens réduisent finalement en Banyo. Mamnyang voudrait dire en Vouté « petit frère jumeau », allusion faite aux fonda­teurs légendaires de la chefferie. Le mythe des jumeaux fondateurs de clans est très répandu chez les peuples de l’Adamaoua, car on le retrouve aussi chez d’autres fractions Vouté, chez les Wawa, les Tikar, et semble-il, chez les Mboum.
  2. Les Vouté Mba, qui connaissaient également le mythe des jumeaux, habitèrent d’abord la région de Hosséré Ngo à proximité de la source du Mbam, d’où ils descendront pour se fixer à Mba, toujours au nord de Banyo.
  3. En descendant encore cette vallée, on rencontrait les Voûté Néné à la hauteur de Mbamti-Ndippelé.
  4. Les Voûté Ngwani à la hauteur de la route Banyo-Tibati et plus en aval encore, à la limite des Kondja.
  5. Les Voûté Djoumbal localisés immédiatement au sud du mont Banyo et sur cette montagne haute de 1 400 mètres qui domine la ville de Banyo.


    Nous ne possédons pas pour le moment d’autres informations sur l’évolution des diverses chefferies ni les listes chronologiques habituelles des souverains qui se sont succédés à leur tête. Par contre les traditions Voûté auxquelles s’ajoutent celles des Foulbé nous éclairent amplement sur la conquête des chefferies Voûté de Banyo par les Peuls.


    Certaines traditions rapportent que depuis des temps très anciens, les Foulbé nomadisaient au milieu des chefferies de cette partie de l’Adamaoua, payant tribut aux sédentaires pour avoir le droit de faire paître leurs troupeaux. A l’exception de quelques querelles normales entre agriculteurs et pasteurs nomades, dans l’ensemble les uns et les autres vivaient en bonne intelligence. Vers la fin du XVIIIe siècle de grands bouleversements s’amorcèrent dans la vallée de la Benoué et le Diamaré sous l’influence des Foulbé installés dans les pays Haoussa. Séhou Ousman Dan Fodio leur chef désigna pour lieutenant dans l’Adamaoua ( le Nord-Cameroun actuel ) Modibbo Adama de Yola. L’étendard de la guerre sainte musul­mane contre le paganisme était levé, et avec lui commença la conquête systématique du Nord-Cameroun par les Foulbé. Tandis que le clan peul des Yillaga assurait la conquête des terres situées au nord de la Benoué, celui des Wolarbé s’attaqua à la vallée de la Benoué et au plateau central de l’Adamaoua.


    Laissant aux fractions Wolarbé de Tourwa le soin de soumettre les Mboum et Ngaoundéré, à ceux de Tchamba la rude tâche de réduire la forteresse Voûté de Tibati, une troisième fraction peule des Wolarbé longea ce qui est aujourd’hui la frontière entre le Cameroun et le Nigeria, en direction du sud et vint s’installer à Kontcha après avoir conclu des alliances avec les chefs Koutin de cette région. Ces événements se pas­saient vers 1820-1830. Mais survint un malentendu, les Foulbé déclarè­rent les hostilités et firent bientôt la soumission des Koutin. Ils s’atta­quèrent ensuite aux Samba, voisins des Koutin. Ceux-ci préférèrent l’émigration à la soumission, et allèrent s’installer sur les territoires des
    Voûté de la chefferie de Mba et sur ceux des Wawa de Gandwa. Bonne, au début la coexistence des trois ethnies allait se dégrader pour donner naissance à de franches rivalités.


    D’un côté les Voûté et les Wawa étaient en mauvais termes avec les nouveaux venus, les Samba ; d’autre part les mêmes Wawa de Gandwa entrèrent en guerre avec la chefferie Voûté de Hosséré Mati, ce qui arrangeait la fraction Voûté de Mba qui se trouvait déjà en lutte avec ses frères de Mati. Les Wawa de Gandwa et les Voûté de Mba eurent l’idée de solliciter l’assistance de leurs puis­sants voisins du nord pour battre les Samba et les Voûté de Hosséré Mati.
    A cet endroit l’Adamaoua se présentait aux Foulbé sous l’aspect d’un plateau aux contreforts abrupts et dont l’escalade paraissait impos­sible à leur cavalerie. Il fallut donc, pour occasionner et faciliter l’invasion, que ces querelles intestines s’élevassent entre ces groupements Voûté, Wawa et Samba. La tradition rapporte qu’afin de permettre le passage des chevaux peuls, les Voûté et Wawa aménagèrent une piste de mon­tagne à quatre jours de marche au nord de Mba, au lieu dit Guendérou.
    Apprenant l’arrivée imminente des Foulbé, les Samba n’attendirent pas le choc et, utilisant vraisemblablement la grande piste à bétail qui suit l’actuelle frontière, ils se réfugièrent dans la région de Bali ( au sud-ouest de Bamenda ) où leurs descendants vivent encore actuellement.
    Hamma Gabdo, le chef peul de Kontcha envoya tout d’abord une forte reconnaissance sous les ordres d’un de ses dignitaires. Mais les Foulbé se heurtèrent à une vigoureuse résistance des Voûté de Mati et durent se contenter de faire quelques prisonniers qu’ils ramenèrent à Kontcha.
    Le lamido se décida alors à prendre la tête de l’expédition et descendit sur le pays Voûté à la tête d’une importante armée. Il jugea toutefois prudent, avant d’attaquer la montagne de Mati, de soumettre le pays environnant et se dirigea sur Djoumbal contre les Voûté Mbamnyang. Si les Voûté de ce village étaient restés dans leur montagne, retranchés, comme le firent les Nyam-Nyam de Galim, il est probable que leurs agresseurs auraient éprouvé un sanglant échec, mais ils commirent la lourde faute de descendre dans la plaine pour offrir le combat en rase campagne et furent enfoncés par la cavalerie peule. Hamma Gabdo fit édifier, sur le lieu même de sa victoire, la ville qui est actuellement
    Banyo. La technique des Foulbé, numériquement en minorité, consistait, ayant détruit une chefferie, à mobiliser bon gré mal gré dans leur infan­terie, une partie des populations conquises et à les lancer contre la chef­ferie voisine. Ayant donc ensuite enrôlé les Voûté de Djoumbal à qui il avait laissé la vie sauve, Hamma Gabdo se retourna contre les Voûté de Mati.
    Les Voûté s’étalent retranchés derrière un large fossé que les chevaux ne pouvaient franchir. Ils combattaient à l’arc et à la sagaie et se cou­vraient d’énormes boucliers de peau de buffle. Les fantassins de Hamma Gabdo avaient un armement analogue, tandis que les cavaliers Foulbé étaient couverts, eux et leurs chevaux, de cuirasses matelassées et que beaucoup même portaient la cotte de mailles sarrasine. Ils étaient armés de l’épée droite, à deux tranchants, et à poignée en forme de croix, avec laquelle ils frappaient de taille, s’efforçant de trancher la tête de leurs adversaires. Hamma Gabdo fit d’abord attaquer les Voûté de Mati par ses gens à pied, qui accablèrent leurs adversaires de flèches et de sagaies et les forcèrent à abandonner le bord de leur fossé, que l’on combla aussitôt sur quelques mètres de large, de terre et de fascines. Alors, les plus hardis des cavaliers foulbé, après avoir salué leur Iamido, s’élancèrent à l’assaut. Par groupe de trois ou quatre à la fois, pas davantage à cause de l’étroitesse de la brèche, ils galopaient sur les rangs Voûté, essayant d’enfoncer du poitrail de leurs chevaux le rempart des boucliers, pour atteindre leurs ennemis. La résistance des Voûté de Mati fut farouche et dura plusieurs jours. Mais finalement le chef Voûté fut pris et décapité.


    Ses troupes se débandèrent et, peu après, firent leur soumission. Ils furent réduits à la condition de captifs de guerre, alors que les chefferies de Mba et de Gandwa durent à leur attitude d’acquérir un statut privilégié qu’elles conservent encore de nos jours. Mais la plupart des Voûté furent affran­chis et, convertis à l’Islam, ils recevaient des titres honorifiques et épou­saient des femmes Foulbé.
    Le métissage qui de nos jours a si profondément altéré le type peul du lamidat de Banyo est dû avant tout à un fort apport de sang Voûté. Il a commencé dès les premières guerres de conquête et n’a cessé de se développer au point qu’une société nouvelle en est issue. Musulmane, fortement imprégnée de la culture peule dans ses structures et son esprit, ses représentants parlent indistinctement foulfouldé et voûté. C’est ce qui explique que le lamidat de Banyo puisse être considéré tout aussi bien
    Foulbé que Voûté.

Source
Abbia n°16 (1967) features the article "Pour une histoire du Cameroun central: les traditions historiques des Vouté ou 'Babouté'" by Eldridge Mohammadou, focusing on the oral histories and traditions of the Vouté (also called Babouté) people in central Cameroon.

Revue Culturelle Abbia
Abbia : Cameroon Cultural Review (ou Revue Culturelle Camerounaise) a été publiée de 1963 à 1982 à Yaoundé, sous le patronage du ministère des Arts et de la Culture. Elle couvre des thèmes comme l'histoire camerounaise, les associations culturelles, l'éducation et les sources historiques, avec des articles bilingues en français et en anglais. Des numéros numérisés sont accessibles en ligne via Vestiges Journal, autorisés par le ministère (réf. 1752/L/MINAC/SG/DLL/ du 9 août 2019), pour la recherche non commerciale.